TunisAïkido Magazine (TAM) : Kobayashi Sensei, vous êtes à la tête d’un des dojos les plus importants du monde avec plus de 120 dojos affiliés. Vous êtes présents dans une vingtaine de pays. En 1987, Kobayashi dojo a reçu une une médaille d’excellence dans le développement des arts martiaux. En 2005, vous avez reçu vous-même une médaille d’excellence pour votre contribution exceptionnelle au développement de l’aikido. Quelle est la clef de cette réussite ?
Kobayashi Sensei : Je pense qu’il y a trois éléments déterminants qui ont perm
is d’atteindre ces résultats. D’abord, j’aime beaucoup l’aïkido. Très tôt, j’ai eu une ambition, celle de contribuer à répandre l’aïkido, de former le plus de personnes possibles. J’ai commencé petit, au départ avec un seul élève: mon fils Hiroaki a qui j enseigne l’ aïkido depuis qu il avait l’âge de trois ans. J’ai eu également la chance d’avoir affaire à des personnes de qualité telles que Morihei Ueshiba.
En deuxième lieu, j’ai formé plusieurs uchi deshis qui sont par la suite devenus eux-mêmes des instructeurs. Il a fallu beaucoup d’efforts, beaucoup de moyens, de sacrifices. On n’arrive jamais si on ne pense qu’à soi.
En troisième lieu, il y a eu l’aide et l’assistance précieuse que m’a apportée ma femme, ma famille en général. On s’entend bien dans la famille. Quand j’en ai eu besoin, des parents m’ont même donné un terrain pour pouvoir construire un dojo.
Il y a également beaucoup d’entraide parmi les proches. Chacun donne aux autres. Nous avons créé un fonds d’aide pour les étrangers. On a beaucoup aidé sans jamais rien attendre, sans jamais rien demander en retour. Quand le pays d’accueil n’a pas les moyens, on envoie des instructeurs à l’étranger gratuitement.
C’est d’ailleurs dans le même esprit que je fais jusqu’ à aujourd’hui l’ukemi durant la pratique. Je ne prends pas de distance. Je vais vers les autres. Je demeure modeste. Aujourd’hui, je suis heureux du résultat. On peut dire qu’on a été récompensés pour nos efforts.
TAM : Vous avez été l’ élève de O’Sensei. Pouvez-vous nous parler des souvenirs que vous en gardez?
Kobayashi Sensei : En fait, j’ai accompagné O’Sensei durant 18 ans. J’ai inauguré mon premier dojo, celui de Kodaira, dans des circonstances très difficiles, car la date de son ouverture coïncidait avec celle de son décès. J’ai ouvert mon dojo le 7 Avril 1969. O’Sensei est décédé le 26 Avril. Je m’en rappelle très bien. J’avais passé la nuit auprès de lui.
Dans la personne de O’Sensei, j’ai connu trois aspects : il y avait d’abord, bien sûr, le budoka; il avait, d’autre part, un côté très religieux et spirituel, – il appartenait a la religion Shinto-. Il y avait par ailleurs le coté humain. La période ou j’ai côtoyé O’Sensei, il prenait de l’âge et comme toutes les personnes âgées, il devenait egocentrique et franchement difficile a vivre. Pour nous, ushis dechis, c’était un grand défi. Quand il nous demandait quelque chose, il n attendait pas, on devait s’exécuter a la fraction de seconde. Parfois, il se contentait d’un simple geste qu’on se devait d’intercepter a temps. On devait presque anticiper, deviner ses désirs. La tache qu’il attendait de nous relevait presque du domaine de l’impossible. On devait, par exemple, l’aider a se changer, l’accompagner au dojo, porter son sac et être au dojo avant lui pour assurer le service. Cela rendait fous les nouveaux uchis deshis. Beaucoup abandonnaient. Les anciens, quant a eux, trouvaient la parade. Par exemple, ils lui offraient du thé pour pouvoir gagner quelques minutes pour aller se changer.
L’accompagner dans la rue n’était pas non plus une mince affaire. Il marchait très rapidement et n’attendait pas. Quand on devait prendre le train avec lui, on devait, bien sur, faire la queue pour prendre des tickets. Entre temps, il était déjà parti. A la fin, il donnait parfois des ordres et oubliait tout de suite après. Alors, on avait droit a des reproches. Bref, prendre soin de lui n’était pas du tout facile. Toutefois, avec le recul, je m’aperçois que cette expérience m’a permis d’apprendre beaucoup de choses, entre autres, la communication et la sensibilité par rapport aux autres. Pour moi, cela a été, par la suite, d’une aide précieuse ; ce qui répond d’ailleurs à la première question concernant la clef de mon succès.
TAM : Comment peut-on définer l’ecole Kobayashi? Quelles sont les spécificites les plus importantes à avoir à l’esprit ?
Kobayashi Sensei : D’abord, c’est une école ouverte qui accepte tout le monde. On n’a pas de problème a accepter quelque qui appartient a un autre dojo. Par ailleurs, l’école fonctionne selon le principe d’égalité : il n y a pratiquement pas de hiérarchie dans l’école Kobayashi. Il n y a pas de différence entre un débutant et un sixième Dan. Tout le monde est traité de la même façon.
TAM : Justement, parmi les premières choses que j ai remarqués depuis le premier jour que je suis venue, c’est que, contrairement a d’autres dojos, il n y a pas de hiérarchie dans la disposition des pratiquants quand ils se mettent en ligne en début ou en fin de séance. Un débutant peut se mettre n’ importe où et peut se retrouver a cote de quelqu’un de hautement grade, même un instructeur. Je n ai pas non plus éprouve de difficultés a trouver un partenaire, même parmi les plus hauts grades. Tout le monde était volontaire et très coopératif.…
Kobayashi Sensei : Dans le même sens, tout le monde participe au nettoyage du dojo. D’ailleurs, l’entrainement est pratiquement le même pour tout le monde.
C’est bien cet esprit que j’ai tenu a entretenir dans l’équipe, un esprit d’égalité et d’entraide. Je me dis qu’on peut être débutant en aïkido, mais sensei dans sa vie, avec sa propre expérience, son apport dans l’équipe. C’est d’ailleurs cet esprit de coopération et d’entraide qui a fait qu’on a pu entretenir le fonds d’aide et qu’on est arrivé aux résultats que nous avons atteint aujourd’hui.
TAM : De mon coté, ce qui m’a le plus impressionnée, le plus touchée durant cette période que j’ai passée avec vous, c’est cette ambiance, cette gentillesse de la part de toute l’ équipe. On sent très nettement qu’il y a une culture, un esprit particulier au dojo. Comment avez-vous fait pour arriver a un tel résultat? Est-ce qu’il y a eu un travail de sensibilisation particulier a ce sujet ?
Kobayashi Sensei : On aucun travail particulier. C’est venu comme ca, spontanément. Ce qui est sur, c’est qu e l’attitude du sensei est déterminante. Je pense qu’il est très important que le sensei donne l’exemple. Par exemple,,je suis toujours ponctuel, toujours a l’heure. Je ne m’absente pratiquement jamais et c’est comme ca depuis que j’ai démarré le dojo. Au début, il faut dire que ce n’était pas du tout facile. J ai démarré avec un très petit nombre : ils étaient deux ou trois. Je dirais que la ponctualité et la présence sont essentielles pour un dojo qui démarre. Supposons, en effet, qu’on s’absente en pensant qu’il n’y aura personne et que ce jour la, il vienne quelqu’un. J’essaie également d’être toujours en forme.
D’un autre coté, je pense que c’est très important de respecter ses engagements, de tenir ses promesses.
TAM : Et que pouvons-nous dire de la technique, du style de l’école Kobayashi?
Je crois que ce qui fait la spécificité de notre école, c’est l’esprit, la culture plutôt que la technique. En fait, il n y a pas de technique spécifique a notre école. J applique les principes de base de l’aïkido, bien sur, mais je ne suis pas du tout directif du point de vue technique. Je n’aime pas du tout cela. Je compte sur la répétition pour le perfectionnement de l’équipe. Quand je vais a l’étranger, je n’ai pas besoin d’un interprète pour expliquer quoi que ce soit. Vous remarquerez également, qu’il y a une certaine diversité dans notre dojo du point technique. Plusieurs membres proviennent ou font partie d’autres dojos. En fait, je donne beaucoup d’importance a l’ouverture de notre dojo. Le plus grand effort que je fais consiste a maintenir la bonne ambiance.
TAM : Avec la récente nomination d’Abdelaziz Sensei comme représentant de l’école Kobayashi dans la région du Maghreb, votre relation avec la Tunisie est devenue plus étroite. Comment cela est-il arrivé ? Que pensez de l’avenir de l’aikido en Tunisie ?
Kobayashi Sensei : C’est grâce a Tana. Il était ancien membre de Kobayashi dojo. Il y a quelques années, il s’est installé en Tunisie et a pratiqué chez Ramzi. Il nous a présenté Ramzi et Abdelaziz et c’est ainsi que les relations se sont nouées.
En Tunisie, il y a actuellement beaucoup de groupes, mais pour nous, ceci ne pose pas de problème. Tout le monde peut coexister. Il y a eu par ailleurs un fait positif durant le dernier stage du mois d’Octobre, c’est que les aïkidokas algériens ont assisté a la session. Ceci représente un bon signe.
De notre coté, nous sommes disposés à développer nos relations avec la Tunisie, mais, on doit accepter la diversité. On a notamment l’intention de développer l’échange d’ushis dechis. J’espère également venir en Tunisie en Octobre ou Novembre 2011 pour animer une session.






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